Description climatique

La recherche d'une méthode objective doit guider toute présentation de la répartition géographique des climats. Mais cette démarche repose elle-même sur un certain nombre de critères qui engagent une part inévitable de subjectivité. Il convient en effet de caractériser les climats pour pouvoir les classer par espèces et enfin de délimiter leur domaine d'influence. Ce triple objectif pose trois sortes de problèmes et les solutions retenues comportent forcément des faiblesses.

I - Caractériser le climat

Dans l'introduction de cet essai climatologique, il est apparu deux conceptions, très différentes, pour traduire le climat. L'une, analytique, s'appuie sur les valeurs moyennes des divers paramètres qui caractérisent l'atmosphère en un lieu donné. Cette méthode séparative garde une certaine faveur en raison de sa simplicité mais elle dissèque la réalité climatique pour privilégier chacun de ses éléments, étudiés isolement. Son caractère abstrait n'a pas échappé à ses détracteurs qui lui opposent une autre conception, synthétique cette fois puisque, rejetant l'artifice des moyennes, elle envisage la succession des types de temps et des masses d'air qui les accompagnent. L'examen des plus représentatifs d'entre eux, par leur fréquence, restitue les combinaisons vivantes du temps. C'est la méthode adoptée par la plupart des géographes, ralliés à la suite de P. Pédelaborde à l'école de la climatologie dynamique. Toutefois, ces deux approches ne s'excluent pas mais se complètent plutôt. Leur complémentarité nous permettra de les associer dans cette étude.

I - 1 - La représentation graphique du climat

A/ La sélection des paramètres représentatifs

Dans l'optique séparative, on ne retient généralement que les deux paramètres climatiques les plus importants : la température de l'air et la hauteur des précipitations. On y ajoute parfois le vent (direction et force) et plus rarement la durée d'ensoleillement, la nébulosité...Les valeurs mensuelles de ces paramètres sur l'année moyenne ("normale") constitue la base statistique de cette étude. Deux modes classiques d'expression graphique permettent d'illustrer l'évolution conjointe de la température et de la pluviométrie, mois par mois.

B/ Le climogramme

Il est constitué d'un système d'axes orthogonaux, l'un portant l'échelle thermique (T) et l'autre, l'échelle pluviométrique (P). Chaque couple mensuel (T,P) est ainsi figuré par un point. La réunion des douze points mensuels forme une courbe fermée dont la physionomie traduit le climat de la station.

C/ Le diagramme ombrothermique

Il utilise un système d'axes identiques, les mois étant portés en abscisses alors que T et P occupent les ordonnées. Cette représentation paraît plus lisible que la précédente, d'autant que, pour cette dernière, il est indispensable d'identifier chaque point par le mois qui lui correspond.

D/ Une essai d'expression quantitative du climat : les indices

La combinaison température/pluviométrie met indirectement en évidence un troisième facteur, l'évaporation, dont l'importance est capitale pour la connaissance du bilan de l'eau. D'où les nombreuses tentatives d'élaboration d'indices (de sécheresse, d'aridité, d'humidité...) qui témoignent de la diversité des intérêts scientifiques en cause (botanique, agronomie, hydrologie...).
Retenons le plus simple d'entre eux (mais qui n'est pas à l'abri de la critique !), l'indice xérothermique de Gaussen. Pour cet auteur, un mois est "sec" si : P<2T, où P présente la tranche pluviométrique en millimètres et T, la température moyenne en degrés Celsius. La linéarité de cette fonction ne paraissant pas traduire correctement la réalité, Gaussen a réaménagé sa formule en fixant des seuils pluviométrique pour un intervalle thermique donné : un mois devient sec dans les conditions suivantes : P<10 mm pour T<10° ; P<25 mm pour 10°30°. Cette relation subit elle-même une correction en fonction de la valeur de l'humidité relative moyenne des jours sans précipitations.
La notion d'évapotranspiration potentielle -ETp), définie par Tornthwaite, retient l'importance de la capacité évaporante de l'air, dépendante uniquement, selon lui, de sa température. ETp est l'évaporation maximum réalisable par le substrat (nappes d'eau, sols, plantes) dans l'hypothèse où le stock d'eau disponible est illimité. Elle ne doit pas être confondue avec l'évapotranspiration réelle (ETr), réalité difficilement mesurable d'ailleurs. L'ETp est donc totalement indépendante des précipitations. En revanche, la température, seul paramètre retenu par cet auteur, est censée intégrer tous les autres facteurs qui participent à l'ETp. En opérant une double comparaison, l'ETp à l'ETr, et les précipitations à l'ETr, il est possible de calculer, à l'échelle annuelle, les excédents ou les déficits en eau.

 

II - Classer les climats

La caractérisation du climat permet de regrouper dans un même ensemble tous les types présentant des similitudes. C'est le fondement de la classification climatique. L'aboutissement d'une analyse minutieuses des facteurs thermiques et pluviométriques a conduit certains climatologues à multiplier les catégories en les identifiant soit par des symboles (Köppen), soit en utilisant les noms des régions de référence où ils ont été primitivement définis (de Martonne, Viers). Cet effort conduit à une marqueterie climatique très détaillée qui ne peut être suivie ici, dans le cadre d'un manuel général de géographie physique. On refusera donc l'atomisation pour se limiter à treize types jugés essentiels.
Les facteurs astronomiques fournissent les axes majeurs du découpage climatique du globe sous forme de larges bandes latitudinales : ce sont les grandes zones thermiques de la Terre. Entre la zone froide et la zone chaude, un anneau intermédiaire s'interpose dans chaque hémisphère et se caractérise par une alternance plus ou moins accusée de saisons thermiques. A cette armature maîtresse, les facteurs géographiques - qui expriment la disposition relative des étendues océaniques et des masses continentales hérissées par endroit de reliefs vigoureux - tendent à opposer un découpage longitudinal par bandes diversement étirées. Ce clivage secondaire met en évidence des particularismes de régimes, aussi bien pluviométriques que thermiques. L'aboutissement de cette fragmentation conduit à un quadrillage dont les mailles irrégulières juxtaposent des individualités climatiques qui vont être passées en revue. Une telle structuration de l'espace terrestre suppose l'adhésion, au moins implicite, à la notion de frontière climatique.

III - Délimiter les climats

L'atmosphère, siège du climat, est à la fois un continuum de matière et une réalité mouvante. A priori, il semble arbitraire, sinon illogique, de la soumettre à un découpage rigide. Ce caractère changeant s'exprime à travers les migrations incessantes des masses d'air qui perdent elles-mêmes leur individualité au hasard de leur cheminement.

Note sur la recherche des seuils caractéristiques (les limites thermiques de Köppen par exemple) : elle doit s'appuyer sur les données fiables issues d'un réseau de mesures suffisamment dense pour ne pas faire de l'interpolation un facteur subjectif supplémentaire. Cette entreprise soulève déjà un problème de fond : dans quelle mesure les sites d'observations retenus, qui permettent d'aboutir à des valeurs statistiques, sont-ils représentatifs d'un espace plus ou moins vaste ? La question des échelles spatiales du climat est posée. Entre les grandes aires, les régions et les stations, on passe du général au particulier. Ce dernier intéresse le physicien mais séduit moins le géographe. Pourtant, dans ce qui suit, il sera fait abondamment usage de données stationnelles mais leur utilisation n'a d'autre but que de fournir des éléments quantitatifs dont on ne retiendra que l'ordre de grandeur. Ainsi, Perpignan, San Diego et Perth rentrent dans la même catégorie, quitte ensuite à faire ressortir les nuances régionales du type climatique méditerranéen auxquelles elles appartiennent.

Sources :

- "Éléments de géographie physique", Ch. Le Coeur, Collection Grand Amphi, Ed. Bréal, 1996.


- "Les climats : mécanismes, variabilités, répartition", A. Godard, Collection Cursus, Ed. Armand Collin, 2009.

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