Les singularités climatiques

L'esquisse climatologique qui vient d'être présentée repose sur une classification zonale qui a permis de dégager trois grandes catégories de climats répondant principalement à des critères thermiques : entre le domaine du froid permanent et celui de la chaleur constante, s'intercale une série de types climatiques où la variation saisonnière de la température est plus ou moins accusée. La diversité des régimes pluviométriques a permis, par ailleurs, d'opérer des subdivisions internes, de sorte que la zonalité s'est trouvée plus d'une fois bafouée. Elle l'est totalement dans deux cas de figure qui ne peuvent se mouler dans le cadre précédent.

I - Les climats des bordures orientales des continents

Souvent identifié dans la littérature géographique sous le nom de "climat chinois" parce que cette partie du globe en offre le prototype, on le retrouve avec nuances diverses entre 30 et 40° de latitude environ à l'est du continent américain et dans le sud-est australien. C'est en quelque sorte le "pendant" oriental du type méditerranéen. Sa caractéristique essentielle tient aux grandes migrations méridiennes des masses d'air qui se traduisent par des invasions "polaires" porteuses d'un froid vif en hiver et des bouffées tropicales chaudes et humides en été. Les mois extrêmes présentent des températures moyennes de -4,2°C et 27,1°C à Tianjin (39° Nord) au sud de Pékin, de 3,5°C et 27,5°C à Shangaï (31° Nord), de 4°C et 26,5° à Tokyo (36° Nord), de 2,5°C et 25,5°C à Washington (39° Nord), de 7,9°C et 22,8°C à Bahia Blanca (39° Sud) en Argentine. Ces valeurs amalgament en réalité des types de temps variés et ne rendent pas compte de la brutalité des cold waves qui déferlent sur l'est des Etats-Unis en janvier et février en entraînant des chutes spectaculaires de la température, avec des minimums de -30°C dans le sud du Tenessee, à la latitude d'Alger. Le gel frappe encore le nord de la Floride, tout comme le sud-est du Brésil où, de temps à autre, les friagem anéantissent les caféiers jusque sous le tropique, comme lors de la nuit du 16 au 17 juillet 1975.
Les précipitations présentent un maximum de saison chaude très marqué. A Shangaï, les deux tiers de la tranche annuelle (1250 mm) tombent en 5 mois, même proportion à Charleston (33° Nord) aux États-Unis. La participation éventuelle des restes des cyclones tropicaux explique la variabilité pluviométrique interannuelle, sur les littoraux en particulier, sauf en Amérique du sud où ces phénomènes sont inconnus. A l'intérieur, dans les plaines des Etats-Unis notamment, on redoute plutôt les sécheresses. La récurrence d'étés secs (1925, 1930, 1933) a porté un grave préjudice à l'agriculture dans l'Alabama, le nord du Mississippi et l'Arkansas, d'autant que ces évènements se sont accompagné de fortes chaleurs et de vents.

II - Les climats de montagne

Les montagnes et, d'une façon générale, les régions élevées apparaissent sur tous les continents à toutes les latitudes.
Elles créent un obstacle à l'écoulement du flux atmosphérique, le détournent ou le canalisent, génèrent des courants de densité (brises) ; plongés dans l'atmosphère libre, les sommets élevés et isolés subissent souvent des violents.
L'altitude entraîne une baisse de la pression et par suite de la température ; en conséquence, une diminution de la capacité hygrométrique de l'air, un abaissement du seuil de saturation, une nébulosité et des précipitations accrues, sous forme de neige notamment.
Les réactions radiatives de la neige et de la glace accentuent le refroidissement de l'air ambiant, pourtant soumis à un rayonnement solaire moins filtré et plus intense.
Cette modification des paramètres climatiques par rapport aux régions périphériques basses n'est pas uniforme sur toute la planète et nécessite de traiter séparément deux ensembles :
Les montagnes des moyennes et hautes latitudes présentent des versants exposés différemment au soleil (adret et ubac) et aux vents humides, ce qui crée des effets de foehn et multiplie les particularités thermiques et pluviométriques. La physionomie de la végétation traduit concrètement ces oppositions.
L'évolution des paramètres moyens en fonction de l'altitude fournit les grands traits de la tendance générale, comme le montre cet exemple pris dans le sud-ouest de la France, où figurent respectivement altitude, température, nombre de jours de gel et pluviométrie sur l'année moyenne :

Ville Altitude (en m) Température (en °C) Nombre de jours de gel Pluviométrie (en mm)
Toulouse 150 12,7 41 650
Tarbes 360 11,6 52 1070
Bagnères de Bigorre 535 11,3 71 1150
Pic du Midi de Bigorre 2860 -1,4 257 1700



Mais ces valeurs moyennes informent peu sur des particularités propres au milieu montagnard. Sur les inversions de température d'abord, qui pénalisent les fonds de vallée voilées par les nuages, et où s'accumule l'air froid, au bénéfice des versants plus élevés mais ensoleillés. Sur l'optimum pluviométrique aussi, situé à des altitudes variables (entre 3500 et 4000 m dans les Alpes du Nord, semble -til), seuil au-delà duquel la nivosité se stabilise ou commence à diminuer. Sur la répartition pluviométrique saisonnière enfin : les influences océaniques se conservent mieux en altitude que dans les vallées abritées pour toutes les montagnes situées à l'ouest des continents (le Puy-de-Dôme a son maximum pluviométrique de saison froide, soit 62 % de la tranche annuelle, entre octobre et avril inclus, alors que sur la même période, Clermont-Ferrand ne reçoit que 38 % de sa pluviosité annuelle). Cette opposition réapparaît encore nettement entre les hauteurs des Vosges et de la Forêt Noire avec la plaine d'Alsace et de Brisgau.
En région continentale, les pentes "sous le vent", réchauffées par le foehn, sont souvent libérées de la neige avant les plaines voisines. C'est le cas des bas-versants orientaux des Rocheuses canadiennes, vers Banff, près de Calgary, soumis au souffle du chinook et qui reverdissent plus tôt au printemps que les plateaux de l'Alberta.
L'altitude semble peu changer la situation des déserts continentaux quant à la pluviométrie. Au Cachemire, Leh (34° Nord), à 3460 m d'altitude, ne reçoit que des précipitations dérisoires (90 mm/an) avec -8,5°C et 17,6°C de température moyenne des mois extrêmes.
Dans les régions polaires, l'altitude ne fait qu'accentuer la rigueur du climat.

Les montagnes intertropicales sont des oasis de fraîcheur relative par rapport aux régions basses qui les environnent. Dans l'air libre, le gradient thermique vertical augmente dans les basses latitudes. Il dépasse 0,5°C par 100 m entre les tropiques, contre 0,3°C vers 60° de latitude. Les températures deviennent tolérables. Elles évoluent en moyenne entre 15,2 et 22,2°C à Léon (1800 m) aux Mexique, entre 13 et 17°C, à 2200 m sur les collines des Nilgiri au sud de Mysore (Inde), entre 8,8 et 12,4°C à La Paz (3600 m), en Bolivie. Par ailleurs, les situations d'adret et d'ubac disparaissent ici puisque, dans sa course apparente, le soleil vient visiter tous les versants.
La pluviométrie est renforcée sur les pentes exposées à l'est dans les régions soumises à l'alizé et doit dépasser largement 6 m par an sur le versant oriental de la Fournaise à la Réunion. Elle atteint 11,5 m en moyenne annuelle en Inde, à Cherrapunji (1300 m) où le flux de mousson, canalisé par le golfe du Bengale, rencontre les premiers reliefs himalayens !
Mais la haute montagne tropicale a un optimum pluviométrique assez bas (entre 1800 et 2200 m en général) et au-dessus de la couverture nuageuse, les hauts sommets des Andes au même titre que le Kenya, le Ruwenzori et le Kilimandjaro ne reçoivent qu'une mince couche de neige annuelle. Ce désert relatif est probablement imputable au contre-alizé sec et frais qui circule en altitude. La latitude impose par ailleurs un rythme thermique diurne (avec alternance gel/dégel) et non plus saisonnier comme sur le reste de la planète. Au coeur du domaine aride, les reliefs jouent le rôle de condenseurs : l'Asekrem (2700 m) dans le Hoggar doit recevoir, selon J.Dubief, 125 mm environ de pluies annuelles, soit trois fois plus que Tamanrasset, 1300 m plus bas.

Au regard des particularités régionales qui s'imbriquent dans les grandes divisions climatiques pour les nuancer, la répartition des climats du globe évoque plutôt l'image d'un puzzle ou d'un vaste patchwork que celle d'une grille ou d'une trame.
Les diverses valeurs moyennes qui ont été utilisées s'égrènent au fil de ces pages comme autant d'arguments objectifs destinés à étayer la description et la réflexion qu'elle implique. Ces moyennes sont issues de séries d'observations plus ou moins longues mais l'hétérogénéité de la documentation disponible n'est pas très dommageable ici car il s'agit essentiellement de saisir le profil du climat "actuel", c'est à dire des 5 à 6 dernières décennies. Dans le détail, on sait que cette physionomie évolue sans cesse. Il est vrai qu'au cours de cette période des "oscillations" ont pu se manifester, des tendances se préciser, au moins localement. La température s'élève en effet dans la plupart des grandes agglomérations, quels que soient le type de climat et la latitude. C'est là une réalité incontestable mais limitée - pour l'instant au moins - aux périmètres fortement urbanisés et qui s'estompe à mesure que l'on s'éloigne du centre des villes au point de devenir à peine perceptible dans les campagnes périphériques. L'extrapolation de ce phénomène à l'ensemble de la planète relève d'une généralisation abusive. Elle trouve sa justification dans le fait que les stations d'observations sont fixées, pour leur majorité, dans des sites urbains ou dans leurs marges immédiates. D'immenses espaces océaniques et les régions continentales les moins peuplées échappent aux mesures.
Il est donc nécessaire de tempérer l'ampleur du réchauffement contemporain et de nuancer les propos alarmistes concernant les décennies futures. Au coeur de tous les débats qui s'engagent sur l'évolution climatique, l'homme est mis en accusation. Il modifie l'environnement en raison même de son essor démographique et des moyens technologiques dont il dispose : déforestation, substitution de plantes cultivées aux espèces naturelles (modification de l'albedo de surface et du cycle de l'eau), introduction dans l'atmosphère de gaz à effet de serre, pollution des eaux océaniques (par une fine pellicule d'hydrocarbures notamment) qui peut altérer le phénomène d'évaporation (flux énergétiques et de masses...). A vrai dire, les scientifiques sont incapables de séparer les effets anthropiques sur le climat des processus naturels (cosmiques, autovariation interne des éléments physiques du système planétaire) puisque la nature mêle les diverses composantes. Le programme mondial de recherche sur l'évolution climatique (Global Change) se heurte à de multiples difficultés d'observation et d'interprétation en dépit des méthodes et des multiples difficultés mis en oeuvre (veille sattelitaire, modélisations par ordinateur...). La connaissance du climat futur ne se réduit pas à un objet de curiosité. Les perspectives d'aménagement dépendent des résultats - peu tangibles - qui sont actuellement acquis. Là encore, l'homme devra apprendre à gérer l'incertitude.

Sources :

- "Éléments de géographie physique", Ch. Le Coeur, Collection Grand Amphi, Ed. Bréal, 1996.


- "Les climats : mécanismes, variabilités, répartition", A. Godard, Collection Cursus, Ed. Armand Collin, 2009.

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